Aujourd’hui, je prends mon courage à deux mains pour relater l’histoire de ma jeunesse qui a marqué ma vie pour toujours.
Ce n’est pas facile à mon âge de mettre ma biographie sur papier.
Donc, comme dans toutes les histoires, je vais commencer par le début.
J’ai vu le jour, le 12 juillet 1936 à Strasbourg. Dans cette ville, j’ai vécu avec mes parents sans problème.
Mon papa, par son métier était Electricien.
Ma maman était femme au foyer et s’occupait de moi.
J’ai encore le souvenir très net d’une certaine journée qui fut très agitée.
Tout le monde courait à droite et à gauche, avec du linge dans les mains, pour empiler tout cela dans des grandes valises. J’ai compris, malgré mon jeune âge, que quelque chose de grave était arrivé car ma mère était très nerveuse.
Elle m’a mis dans un coin et m’a dit de rester là et de ne pas bouger.
J’avais tellement peur que j’avais mal au ventre.
Vers le soir, ma maman m’a donné quelques tartines avec un grand bol de café au lait. Un peu plus tard, elle m’a habillé très rapidement avec des gestes nerveux.
Je vois encore aujourd’hui les grosses valises brunes que maman avait préparées fébrilement et qui étaient debout dans le couloir.
Nous voilà dans la rue.
Ma mère courait presque avec ses deux grosses valises à la main et comme il faisait nuit, elle me répétait « hop hop Charala, dépêche-toi, sinon on va être en retard ».
Heureusement le trajet n’était pas trop long. Je vois encore devant moi ce grand bâtiment avec une grande horloge sur le mur. Nous voilà arrivés devant la gare de Strasbourg. Les gens venaient de partout avec les grosses valises, même les enfants en traînaient, avec beaucoup de mal. Ma mère me disait de ne surtout pas m’éloigner d’elle, de toujours rester avec elle et qu’il fallait que nous trouvions ma grand-mère, mon grand-père et ma tante Marie.
Et tout à coup j’ai vu ma tante Marie qui courait vers nous pour aider ma pauvre maman à porter ses valises. Ma tante était, elle aussi, très agitée. Elle nous a entraînés vers ses parents qui nous attendaient avec leurs bagages, dans un coin de la gare.
J’ai remarqué que beaucoup de gens avaient les larmes aux yeux. Ma mère pleurait dans les bras de ma grand-mère et disait : « Mon Dieu, que nous arrive-t-il, que vont-ils faire de nous, et dire que Charles n’est pas là. »
A cette époque, mon papa était à l’armée, près de Paris, il faisait sons service militaire.
Ma tante Marie est repartie pour prendre connaissance des renseignements affichés sur de grands tableaux de la gare.Après quelques minutes, elle nous a rejoint et nous a guidés vers le train. Ce ne fut pas une mince affaire. A certains moments, j’avais l’impression que la foule qui circulait dans les couloirs allait m’écraser, pour ne pas dire carrément me piétiner. Ma maman me criait « Charala, surtout reste derrière moi, sinon on va te perdre ». Finalement nous sommes arrivés sur le quai de la gare et nous avons trouvé là un train avec des wagons sans fenêtre.
(en effet, c'était des wagons à bestiaux).
Pour entrer dans les wagons, il y avait une grande porte. À l'intérieur c’était très sombres. Il y avait
de la paille sur le sol et beaucoup de monde à l'intérieur. Comme la porte
était haute, ont avait un mal de chien pour grimper à l'intérieur. Heureusement, des mains se
tendaient vers nous pour nous hisser à bord. Dans un coin du wagon, nous avons eu tout juste une place pour se coucher sur le sol.
Bien que nous soyons au mois de septembre, j'avais froid, mais surtout très peur, car je ne savais pas où nous allions. Je ne savais pas non plus pourquoi ces gens étaient là avec nous dans ce train, et une odeur terrible se répandait et on avait du mal à respirer.
Après un certain temps, le train se met en route, je me rappelle aussi que de temps en temps, un monsieur, ouvrait un peu la porte, un vent glacial nous fouettait le visage, cela nous faisait du bien quand même vu l'odeur qui régnait à l'intérieur du wagon.
Aujourd'hui, je peux vous dire que cette histoire je l'ai vécue, comme des milliers d’Alsaciens.
Nous étions en septembre 1939.
Mon grand Père Emile
Le 1er septembre 1939, tombe l'ordre d'évacuer l'Alsace.
Les Bas-rhinois, son installés d’office dans l'Indre, la Haute-Vienne et la Dordogne, pour le
Haut-rhinois, ils seront conduits dans le Lot et Garonne, les Landes et le Gers.
Je ne sais pas, ou je ne me souviens plus très bien, combien de temps a duré le voyage, ce que je me appelle, c’est que le train s'arrêtait plusieurs fois en rase campagne, cela me permettait, ainsi qu’a mon grand père de dégourdir nos jambes, ou de jouer un peu avec d'autres enfants de notre wagon.
Finalement, nous sommes arrivés à SALAGNAC (Dordogne).
Là aussi, c'était la cohue et la confusion. Il fallait se mettre en groupe et par famille. Des charrettes
avec des chevaux nous attendait sur la route.
L'attelage nous promenait à travers la ville, et de temps en temps, le responsable, nous indiquait
une maison d'accueil pour un famille. Nous avions eu de la chance, puisque nous avons eu un
appartement dans une vieille maison au premier étage, je me souviens aussi des escaliers,
car un a certain temps, mon grand-père ne pouvait plus descendre ses escaliers…
Beaucoup d’Alsaciens, avaient du mal à s'adapter dans ces régions de France,
d'autant plus que beaucoup d’Alsaciens ne parlaient pas ou très peu le français.
Ce souvenir douloureux est gravé au fond de mon cœur. Mon grand père, quelques mois plus tard,
est tombé gravement malade, il avait une grosse plaie sur une jambes et cela le faisait
souffrir atrocement. Cette blessure lui faisait tellement mal, qu’il lançait
sur ma grand-mère, toutes sortes d’objets qu’il avait sous la main, je me rappelle aussi que
dés fois je passais a côte de lui, il me donnait un coup de canne sur les jambes !!!
Finalement, mon grand père est mort dans d’affreuses douleurs le 10 août 1940.
La famille l’a enterré au cimetière de CLAIRVIVRE (Dordogne)
C'est beaucoup plus tard, à l'âge de raison, que ma grand-mère m'a appris que mon grand père,
à cette époque est mort a cause d’une plaie gangréneuse.
Mon Papa en permission à BERGERAC
Un jour je tombe gravement malade, en buvant de l’eau contaminé a une
fontaine, qui se trouvait a quelques mètres de la maison ou nous habitons.
J’avais de fortes fièvres et je tremblais de tout mon corps. Je me rappelle que ma Tante
Marie, mettait sur moi des draps mouillés. Je voyais souvent, ma maman
et ma grand-mère qui pleuraient tout près de moi.
A cette époque, je me rappelle la venue de mon papa en militaire. Il portait un uniforme
Bleu gris et il avait des bandeaux autour des jambes.
Il était en permission et il resta quelques temps avec nous.je me souviens de nos
promenades à BERGERAC près d’un Château fort. * Un jour il m’a offert un ballon et
en jouant, sur un pont, le ballon est tombé dans la Dordogne. Je vois encore
mon papa, courir sur la berge avec un bâton a la main, pour le rattraper
mais voilà, le fleuve a emporté mon ballon.
(Ce ne sont que des souvenirs, mais cela reste dans ma mémoire).
Je n’ai revu mon papa que beaucoup plus tard à Strasbourg en Alsace
Longtemps après, ma maman, m’a expliqué qu’à SALAGNAC, lors de notre périple en 1939-
1940, j’avais été à l’article de la mort suite a une forte dysenterie, et que c’est grâce aux bons
soins d’une veille dame de SALAGNAC et de ma tante Marie, que j’ai pu guérir de ma
maladie infectieuse qui a duré plusieurs semaines.
SAVERNE
En 1941, Ma maman, ne voulait plus habiter à Strasbourg. Avec mon Papa, ils ont décidé d’aller
vivre à SAVERNE, ville de naissance de ma Maman. ( *)
En ce temps là, toute sa famille vivait dans cette belle ville de Saverne. Son père LITT Charles,
Sa belle mère, ainsi que ses deux frères René et Paul.
La maison de mon grand père se trouvait juste en face de l’Ecole primaire.
Nous avons vécu chez les parents de ma Maman, le temps que mon Papa trouve un appartement.
Quelques temps après, nous avons aménagé dans une ruelle très étroite et sombre
rue du fer. Là, surement comme cela ne plaisait pas trop a mes Parents, ils ont de nouveau
déménagé pour un logement plus correct, qui se trouvait au n°10 rue de la Gare.
.
De chaque côte de la maison, coulait une rivière, donc un bras alimentait une petite centrale électrique.
Cela était très pratique pour mon Papa. Il travaillait à Strasbourg, et n’avait que quelques
centaine de mètres à faire pour prendre son train.
Il prenait ses repas de midi, chez ma grand-mère Joséphine.
(Tout près de la Cathédral de Strasbourg)
Un soir je vois mon papa, qui arrive à la maison avec un gros bandage autour de sa main gauche.
Mon papa, nous explique qu’il a eu un accident de travail.
En travaillant, sur une scie circulaire, une pièce de bois, lui a échappé des mains, et la scie, lui a coupé les doigts de sa main gauche, il ne lui restait qu’un quart du petit doigt et le pouce. ( **)
Entre temps, ma maman, a perdu son papa, suite a une longue maladie des poumons,
Il toussait beaucoup, même des fois, j’ai pu voir parfois du sang sur son mouchoir !!!
Mon grand père, Charles LITT, travaillait à l’usine à Gaz de Saverne depuis de longues années.
Mon grand père Charles, était avant tout un homme très social.
En effet, comme moi (vingt années plus tard) il était Sapeur Pompier Volontaire de la ville
De Saverne et Secouriste de la Croix Rouge Française.
Mon grand père Charles, était un homme d’une grande carrure, avec des épaules larges.
Il aimait souvent fumer sa pipe, devant la fenêtre grande ouverte, assis dans son vieux fauteuil
Malgré mon jeune âge, j’ai de très bons souvenirs de lui.
Par fois le soir, quand il fumait sa pipe, Il me prenait sur ses genoux et il me racontait des histoires…
· * (Ma maman a vécu 19 années à Saverne, a l’âge de 7 ans, lors de la mort de sa maman, ses frères et elle, ont dû aller a l’Orphelinat pour que son père puisse travailler, et quand, son père, c’est remarié quelques années plus tard, son épouse, ne voulait pas d’enfants à la maison c’est pour cela que ma maman a passé 12 années de sa jeunesse au Pensionnat de Saverne.)
** En 1944, les Nazis, n’ont pas pris en considération, la main gauche mutilée de mon papa !!!
La déportation pour la boucherie
Mais, en 1944, ce n'est plus la même histoire. En raison des importantes
pertes subies sur le front Russe, la Wehrmacht et la Waffen-SS, manquaient cruellement de
renforts.
Pour pallier à ce manque d'hommes de troupe. Ce sera
l'incorporation de force de la dernière heure,
et là, il y'a plus de mesures de clémence, de mansuétude pour personne
Les Luxembourgeois, belges,
les Alsaciens et Mosellans ; tout est bon pour faire la guerre,
Il faut alimenter le front Russe avec de la viande fraiche pour les canons.
Il n'y aura plus de sélection et la preuve est qu'ils
prennent des jeunes de 14 ans des classes terminales des Lycées et des Collèges
des vieux et même des mutilés.
En plus, pour éliminer toute
tentative de résistance des jeunes et des moins jeunes
le régime nazi fit
peser sur leurs familles la terrible menace de la loi inique où
la loi du clan
qui mettait en cause la responsabilité familiale.
Tous les membres de la famille d'un réfractaire,
épouse, parents,
frères et soeurs, collatéraux confondus se voient accusés
de ne pas avoir fait le devoir d’éducateur ;
ils sont responsables de la désertion de leur enfant ou mari
et sont considérés comme complices.
Ces menaces seront appliquées sans faiblesse,
des parents indignes seront déportés dans des camps ou
dispersés dans des fermes où usines allemandes, des pères
furent fusillés pour avoir pris parti en faveur de leur fils réfractaire.
Des Archives retrouvées à Prague, au pénitentiaire militaire de TORGAU en Saxe
de mai 1943 , 3000 dossiers de procédure ont été établis contre des déserteurs
Alsaciens ou ayant des propos antinazis. (Cela prouve bien que les Alsaciens, n’étaient pas
leur juste place et qu’ils avaient mal dans leurs tripes
Aujourd'hui, je peux le dire, le crier avec toute ma force, la souffrance, la douleur que nous avons dû subir ma mère et moi à cette époque de calamité et de malheur.
C'était la guerre, la vie était très pénible pout tout le monde, tout était rationné et très cher, pour le lait, le pain et le sucre 'il fallait donner des timbres. Des fois, j’ai surpris ma mère qui vendre ces vignettes à ses voisins, pour avoir de l'argent,
C'était très dur pour nous à l'époque. Tous les jours, ma pauvre mère était obligée de faire des ménages chez des notables de la ville de Saverne.
(Au temps ou mon papa était encore là, avec nous, ma maman n’avait nul besoin de faire la boniche chez les autres)
Le message qui annonce le malheur
C'est en août 1944, que ma mère a reçu une lettre d'un certain lieutenant Müller A.
Sur l’enveloppe, il y avait un aigle avec une croix gammée dans ses griffes.
Dans la lettre, il y avait des petits objets personnels de mon papa,
Son alliance, des photos de la famille et un petit livre brun avec des pages de son écriture.
Sur le bord du petit livre, il y avait du sang, du sang de mon père !!!
Je n’ai pas les mots pour écrire la douleur qui frappa ma maman a cet instant
Je ne peux pas non plus vous dire les mots de désespoir et de consternation que criait ma pauvre maman. J’avais très peur pour elle et je ne savais pas quoi faire ni quoi lui dire pour
qu’elle cesse de hurler. Je suis allé voir la voisine du 2éme étage, Madame Rougemeyer,
pour lui dire de venir voir de suite ma maman.
Nous l’avons retrouvé, ma maman, sur le sol de la cuisine,
elle tapait furieusement le plancher avec sespoings, elle pleurait, criait, entre ses sanglots, avec beaucoup de peine, elle fait savoir le pourquoi de son accablement à sa voisine.
J’ai dû aller chercher de l’aide chez une autre voisine pour pouvoir porter, ma pauvre maman,
sur le lit de sa chambre a coucher
Le soir le docteur de la famille est venu pour voir son état.
Le lendemain matin je suis allé chez le Pharmacien pour chercher des médicaments, que le
Médecin avait prescrit pour soulager ma mère de son cauchemar.
Quelques jours après, elle à de nouveau dû faire appel au Docteur, mais cette fois, c’était pour
moi. J’avais des vomissements avec des violents maux de tête et une forte fièvre, et comme je n’avais pas d’appétit, le Docteur soupçonne une méningite. Je suis resté plusieurs
Semaines cloué au lit. Après ma convalescence, je suis de nouveau allé à l’école et quelques
Semaines après, un matin en classe, je ne me sentais pas bien, à tel point que l’instituteur appel ma mère pour me chercher. Entre temps le médecin arrive a la maison. Vu mon état, il ordonne de suite mon transfert pour l’hôpital, ou je suis resté plusieurs mois en observation, j’avais fait une rechute…
(Je ne sais pas, si vous pouvez comprendre ou concevoir la douleur de ma mère, ni la mienne
lors de la réception de cette missive de malheur qui annonce froidement la disparition de son cher mari.
et de mon papa.
Il y a pas de mots, pour écrire ou expliquer cela si on ne là pas vécu soi même)
La lâcheté du Gouvernement de VICHY
Je n’avais que 8 ans, et je ne pouvais pas me mettre dans ma tête de petit
garçon, de ne plus jamais revoir mon père, de ne plus entendre sa voix
J’ai toujours aimé mon père c'était un vrai et gentil papa et, encore
aujourd’hui, j'ai des très bons souvenirs de lui, il ne m’a jamais
grondé, ni levé la main sur moi. Ma mère était beaucoup plus sévère et
elle avait la main facile pour se faire comprendre.
À la suite de cette douloureuse lettre, il fallait bien se mettre à l'évidence, j'avais perdu mon père pour toujours. Me voilà orphelin. Les autres membres de notre famille habitaient tous à Strasbourg. Après l'annonce de la mort de mon père, ma mère a demandé à ma grand-mère de venir habiter chez nous à Saverne pour quelque temps (à l'époque, ma grand-mère vivait à Strasbourg avec ma tante Marie).
Après la venue de ma grand-mère à Saverne il fallait s'organiser au mieux ; c'est ma grand-mère Joséphine qui s'occupait du ménage et de la cuisine et c'est ma mère qui allait travailler comme femme de ménage chez des particuliers à Saverne.
Souvent j'ai surpris ma mère qui pleurait dans un coin le soir en cachette, et bien sûr à l'époque j'étais bien trop jeune pour qu'elle puisse vider son coeur lourd sur mes petites épaules. C’était dû à la disparition de mon père, mais il y avait aussi d'autres choses très graves qu'elle ne pouvait me dire où m’expliquer. C'est beaucoup plus tard quand j’avais l'âge de la raison, qu’un soir elle a vidé son coeur pour me dire qu’à l'époque où elle faisait des ménages chez des notables de la ville de Saverne, elle a subi des outrages, et que si elle disait quelque chose à la patronne de maison, elle allait de suite perdre son travail. Dont elle n'a jamais osé rien dire de peur de perdre son emploi et aussi et surtout parce qu’elle avait besoin d'argent pour faire vivre sa famille. C’est scandaleux de profiter du malheur d'une pauvre femme qui vient de perdre son mari à la guerre et de l'obliger à de subir des relations avec cet obsédé sexuel.
Tout cela est arrivé à cause de la guerre. Une fois de plus et c’était la troisième fois que la France a lâchement laissé tomber l'Alsace et la Lorraine à leur triste sors
En 1871 - 1914-1918 et encore en 1939-1944
C'était jeter un lest inutile pour se sauver soi-même. Il faut le dire et le répéter sans cesse que la France a sacrifié ses frères à l'Allemagne une fois de plus. Aucune voix autorisée ne s'est élevée publiquement de l'autre côté les Vosges, pour protester contre la violation manifeste de l'armistice. Le gouvernement de Vichy ne bougea pas lorsque le peuple de ces provinces d’Alsace et Lorraine fut enrôlé de force dans l'armée allemande. Beaucoup plus tard le gouvernement déclara avoir agi sous la contrainte.
il faut savoir
« Un adversaire qui a mis bas les armes se résigne à tout »
La libération de Saverne
C’est le 21 novembre 1944, journée de la libération de Saverne par des chars Sherman
C’étaient, des blindés de la 2e DB.
C’était la joie, il y avait une grande foule dans la rue principale de Saverne, il y avait des drapeaux de toutes les couleurs et surtout des bleus blancs rouges.
Des jeunes, des femmes montèrent sur les chars aidés par les soldats, c'était des embrassades à n'en plus finir, un soldat nous jetait des petits paquets bruns
du haut de son char. Par chance j'ai réussi à avoir moi aussi un de ces petits paquets,
c'était du chocolat. C'est la première fois de ma vie que j'ai goûté cette friandise. Je me rappelle que c'était très doux avec un goût amer, c'était du chocolat noir croquant. Les soldats nous donnèrent également des tablettes de chewing-gum et des cigarettes américaines. Tous les gens autour de moi étaient joyeux et surtout très heureux de la fin du cauchemar de la guerre, bien sûr, ce n’était pas la fin de la guerre car la 2e DB allait ensuite sur Strasbourg pour la libération de la ville avec l'aide des FFI
Je dois dire que la ville de Saverne a été épargnée par les bombardements. Par contre il y a eu très souvent des batailles aériennes entre les avions allemands et alliés. Il y avait des tirs de mitrailleuses des avions sur les
Faubourg de Saverne et de temps en temps il y avait des maisons ou voitures en feu suite à ces batailles aériennes.
Sur les routes de France pour la 2émé fois
Tous les jours nous avions des nouvelles des avances de nos alliés pour libérer l'Alsace.
C'était au début 1945. Il y avait de la neige partout. Un jour ma mère a reçu la visite d'une de ses copines pour lui dire que les Allemands veinaient de reprendre Haguenau près de Strasbourg et que ils se dirigeaient vers Saverne. J’étais trop petit pour comprendre mais vu l'affolement des deux femmes je me disais que c'était sûrement grave cette offensive Allemande. Dans la journée ma mère prépare des valises avec l'aide de ma grand-mère, j’ai entendu dire ma grand-mère qu'elle n'avait pas envie de partir et qu’elle voulait rester à Saverne.
Le lendemain matin, très tôt, ma mère et sa copine chargèrent les valises sur une charrette avec un timon et nous voilà tous les trois partis sur les routes glacées vers je ne sais où.
Toute la journée on marcher en tirant cette charrette lourde chargé de valises et de vêtements. Le soir on s'arrête dans un village, ma mère et sa copine cherchent un endroit pour dormir après un certain temps, ils viennent me chercher et m'emmènent vers une grande maison.
Cette maison était une ferme et on a dormi tous les trois dans le foin. Le matin j'avais droit à un bol de lait chaud de la part de la paysanne et ensuite c'était de nouveau le départ, avec un vent glacial qui nous fouettait le visage. J’avais froid aux mains et aux pieds, et de temps en temps, ma mère me mettait sur la charrette. Les deux femmes tiraient par le timon et quand la route s’élevait l’une ou l’autre poussait par l’arrière. Nous étions plus seuls sur la route. Il y avait des charrettes avec des Chevaux, il y avait de tout sur ses charrettes mêmes des matelas, je n'ai jamais vu autant de gens sur la route. Ils allaient tous dans la même direction, et le soir pour dormir c'était vraiment un cauchemar, car nulle part de la place pour se coucher et vu, le nombre des gens mêmes les paysans refusent leur grange pour dormir.
Je ne sais pas dans quelle galère ma mère et sa copine m’embarquait. Je pleurais j'avais froid, j'avais faim. Je me rappelle que mère me faisait une place dans la charrette, afin que je puisse dormir pour la nuit, et le matin pas de lait chaud, pas de pain. Je me rappelle encore que c'est la copine de ma mère qui
allait mendier quelques oeufs chez les paysans du village, après un certain temps, la copine nous ramène 3 œufs, ma mère faisait un trou dans l'œuf avec un couteauet elle me le donnait pour le gober. Pour l'eau pas problème, dans presque chaque village il y avait des fontaines où l'eau coulait dans des abreuvoirs pour les bêtes. Je ne sais pas combien de jours nous avons marché. C'était très fatigant
Une attaque aérienne
Un jour, c'est le drame, depuis un certain temps des avions survolent notre colonne de réfugiés et tout à coup
un avion descend en piqué et nous mitraille. C’est l'affolement général, certain se couchait au bord de la route, d’autres, se mettent sous les charrettes pour se protéger des tirs de l'avion. Je me souviens ma mère était couchée sur moi pour me protéger des balles, j'avais très peur et le bruit des mitrailleuses raisonnait dans ma tête.
Après plusieurs passages de l'avion.
Tout le monde se remet péniblement en route avec la peur dans ventre. Il y avait sûrement des blessés et des morts, je ne peux pas le dire car ma mère me cachait les yeux afin que je ne puisse rien voir du carnage. Je me rappelle surtout des cris, des pleurs, des gens qui ont perdu un ou plusieurs de leurs membres de la famille.
De temps en temps, j'ai essayé de regarder sous le bandeau que j'avais sur les yeux pour voir un peu ce qui se passe autour de nous. Je me rappelle encore très bien, sur le bord de la route couchée dans l'herbe, il y avait une femme qui avait un trou énorme dans son ventre et une petite fille près d’elle qui criait, « Maman, Maman »
Il y avait du sang partout. Ont avait beaucoup à mal de se frayer un chemin au milieu ce monde affolé.
Un peu plus loin, j’ai pu voir un cheval qui galopait a travers champs avec un chariot renversé a moitié détruit. Des gens qui couraient derrière le cheval qui criaient et faisaient des grands gestes pour l’arrêter.
Les gens affolés couraient dans tous les sens à la recherche, soit des membres de leur famille ou de leurs biens éparpillés sur la route. C’était la panique générale !!!
Toujours le même problème pour se loger et pour passer la nuit !!!
Pour une fois on avait de la chance, nous sommes arrivés dans un village. Il y avait beaucoup de maisons détruites, mais comme il faisait nuit, nous avons pu voir une maison avec de la lumière.
Ma mère me prend la main et va demander si l'on pouvait passer la nuit chez eux
dans un coin tranquille.
C’était un couple d'un certain âge qui nous a permis de passer la nuit chez eux et avant de nous coucher ses braves gens nous ont donné une assiette de soupe bien chaude avec du pain et du fromage.
Pour une fois je pouvais dormir dans un vrai lit. Le lendemain au réveil. J’ai eu droit à un bol de café au lait avec une tartine de confiture, c'était vraiment des braves gens car avant de partir de chez eux, ils ont donné à ma mère des provisions pour la route, du pain, du lait et des oeufs durs.
Nous voilà de nouveau sur la route avec la charrette, et nos valises. La neige est tombée et on avait du mal à voir la route.
La neige nous tombait dans les yeux, il fallait chercher un abri pour nous protéger de la neige et du froid. Nos vêtements étaient tout mouillés. Au bord de la route on a trouvé une maison détruite par la guerre, on s'est abrité dans cette ruine pour changer de vêtements, je me rappelle que ma mère avait très mal aux pieds à force de marche toute la journée, la copine de ma mère était beaucoup plus jeune qu'elle, et c'est elle finalement qui disait à ma mère ce qu'il fallait faire pour soulager ses pauvres pieds.
C’est aussi elle, qui guettait sur la route si une voiture ou un camion pouvait nous prendre en charge. Finalement, un camion militaire GMC de l’US Army, s'est arrêté au bord de la route. Ils nous prennent en charge avec notre charrette et les valises jusqu'à Dijon. Là on avait vraiment eu de la chance et ceci bien sûr c'était grâce à la copine qui plaisantait avec les militaires du camion je me souviens d'un militaire noir qui à un certain moment la serrée d'une façon très cavalière.
Le soir quand nous sommes arrivés à Dijon.
Ma mère s'est arrêtée dans un restaurant pour un petit goûter avec du café, ensuite la copine nous quitte pour aller chercher un gîte pour la nuit. Le patron du restaurant parle avec ma mère, elle lui divulgue que nous sommes des réfugiés venus de l'Alsace pour échapper à la menace de l'offensive allemande.
Le patron explique à ma mère que la mairie a mis à la disposition des réfugiés, un refuge dans un grand bâtiment de la ville. Il explique comment faire pour trouver ce gîte. On attend le retour de la copine et ensuite nous voilà partis
pour trouver le refuge. On cherche, on se renseigne et finalement on trouve ce fameux bâtiment qui abrite les réfugiés de l'Est, c'était un grand bâtiment de plusieurs étages et partout il y avait des lits de camps comme chez les militaires. Il fallait chercher un lit vide ce qui n'était pas une mince affaire car presque tout les lit étaient occupés par des jeunes, des vieux avec ou sans enfants. Ma mère a finalement trouvé un lit vide, elle m'a de suite couché sur le lit et a mis les valises sous le lit. Ensuite elle a cherché un lit pour la copine. C’était la première fois que la copine ne passera pas la nuit avec nous, en effet, elle a trouvé un lit à l'autre bout de la salle. Cette nuit-là malgré la fatigue j’ai dormi très mal, il y avait beaucoup de bruit on parlait, on pleurait, et j'entendais même des gémissements de femmes !!!
Au matin, c'était la cohue et la confusion. Ma mère me dit de surtout ne pas bouge pas de là et surveille nos valises. Ma mère allait aux renseignements pour savoir si elle pouvait avoir quelque chose a manger. Sur le lit à côté de nous il y avait un jeune homme blond d'une vingtaine d'années qui m'adresse la parole. Il voulait savoir d'où on venait. Je lui raconte que j'habite à Saverne avec ma mère et que nous sommes venus par la route à pied avec une copine de ma mère,
Ma mère venait et elle fait savoir qu'il il y a un endroit où je peux prendre un petit déjeuner. Le jeune homme blond à côté de nous, dit à ma mère que si elle voulait il allait m’emmener pour prendre le petit déjeuner ensemble. Ma mère accepte et je suis le jeune homme.
La rencontre avec Lucien
Au fond de la salle dans un coin, il y avait plusieurs tables ainsi qu'une grande marmite avec du café noir sur un réchaud a gaz. Avec une grande louche, on se servait dans des bols pas très propres. Il y avait aussi du pain, mais il était très dur. J’ai du le tremper dans mon bol de café.
Le jeune homme s'appelle Lucien et il vient de Mulhouse. J’ai remarqué qu'il cachait toujours sa main gauche dans sa poche de pantalon, finalement nous sommes restés plusieurs jours dans ce refuge.
On voyait de moins en moins, la copine et de plus on se trouvait en compagnie de Lucien qui était notre voisin de lit.
Je savais, maintenant pourquoi Lucien cachait toujours sa main gauche, il a eu une main accidentée et il lui manque les quatre phalanges et il ne lui restait que le pouce.
(Bizarreries de la vie…à mon père, il lui manquait aussi trois phalanges de la même main ???)
Le retour à Saverne
Un matin, un homme nous annonce que l'offensive allemande a été repoussée par nos alliés et que nous pouvons pendre nos dispositions pour rejoindre nos foyers en Alsace avec un train spécial. La copine de ma mère nous fait savoir qu'elle ne désire pas rentrer en Alsace et le qu’elle veut rester sur place, car personne ne l'attend à Saverne.
Ma mère avait décidé de repartir à Saverne avec moi et ce fut pour moi un soulagement.
J’étais très heureux de cette nouvelle, comme la copine ne venait plus avec nous nous avions plus de place dans la charrette, c'est à ce moment là que Lucien demande a ma mère s’il est possible de prendre sa valise sur la charrette jusqu'à la gare.
Nous voilà sur la route de la Gare, ma mère, Lucien et moi.
Il y avait une foule immense devant la Gare. On ne savait pas où aller pour prendre le train du retour pour l’Alsace.
Finalement nous avons le bon renseignement pour le train du retour.
Le train était tellement bondé qu'on a dû rester debout dans le couloir pendant tout le trajet. On étaient serrés comme des sardines. Le retour fut très long et très pénible. J’étais fatigué, j’avais faim et pour aller au WC il fallait attendre des heures tellement il y avait du monde qui attendait leur tour.
Enfin, nous sommes arrivés à Saverne et comme on habitait dans la rue de la gare on avait
que 300 mètres à faire pour arriver chez nous.
Ma mère a demandé à Lucien de venir chez nous pour se reposer un peu de son long et pénible voyage et de repartir plus tard pour Mulhouse.
Nous voilà de retour chez nous. Pas de traces de ma grand-mère, pas de feu. L'appartement était froid pour ne pas dire glacial. Ma mère fait du feu dans la cuisinière afin de réchauffer un peu l’appartement. La voisine de l'appartement au-dessus de nous, Mme ROUGEMEYER, vient nous voir pour savoir les faits de notre voyage. Ma mère raconte alors notre petite histoire de randonnée mouvementée sur les routes glaciales de l'Est de la France.
Lucien, n'est jamais retourné à Mulhouse. Il est devenu l'ami de ma mère et quelques années plus tard, il devient mon beau-père.
Conclusion :
En septembre 1939 évacuation avec toute ma famille en trains vers la Dordogne.
Le 8 août 1944 la perte cruelle de mon père
Novembre 1944 le périple avec ma mère de Saverne à Dijon sur
les routes glaciale et périlleuses de l’est de la France.
Mais pour certains bureaucrates du Premier Ministre. Mon Histoire n’a rien à voir avec
La Barbarie Nazi, et ma souffrance n’est pas la même que celle des Orphelins de guerre Juifs ou Harkis (voir les lettres du Gouvernement Français) en annexe
Note :
Le décret du 25 Août 1942
Les Alsaciens et Mosellans sont contraint sous la menace de représailles sur les familles. Donc, par la force et la fermeté des Nazis. Ils doivent effectuer le service
Militaire en Allemagne dans l’armée de la Wehrmacht ou dans la Waffen-SS.
Donc, les Alsaciens et les mosellans sont des Déportés
Il faut savoir que le décret du Gauleiter WAGNER est une violation fragrante de la convention d'Armistice de juin 1940 ainsi que des conventions de la HAYE * qui interdise à la puissance occupante de mobiliser sous la menace, la population d'un territoire occupé.
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* Art. 44 Il est interdit de forcer la population d’un territoire occupé à prendre part aux opérations militaires contre son propre pays.
*Art. 45 Il est interdit de contraindre la population d’un territoire occupé à prêter serment à la puissance ennemie
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Les responsables de tout cela, sont ; le Gauleiter Robert Wagner de l’incorporation de
Force de 130 000 Alsaciens et Mosellans et de 40 000 morts et disparu
L’autre responsable de cette forfaiture et trahison, est le gouvernement de Vichy qui à l'époque à fermer les yeux et a laissé faire sans proteste.
Aujourd'hui encore le Gouvernement Français ne veut pas reconnaître que
Les incorporé de force sont des Déportés Militaires